ions bromure, un projet de recherche sur l'autisme

Ions bromures pour l’autisme – Stop à ce projet

Modifié le 05/07/2022

L’INSERM a annoncé les résultats « prometteurs » selon eux d’une étude sur l’autisme avec des ions bromure. Des essais sur l’homme pourraient être lancés prochainement. Ce communiqué n’a suscité que très peu de réactions alors qu’on estime le nombre d’autistes en France à 700.000. Un silence gêné ?

Voir l’annonce sur Inserm.fr

Le médicament prévu pas dévoilé

Le médicament envisagé pour l’expérimentation sur des adultes autistes n’a pas été précisé pour le moment. Il existe en effet différents ions bromures, certains plus toxiques que d’autres. Ceux de sodium et potassium ont été utilisés dans l’étude qui vient d’être publiée dans le Journal of neuropsychopharmacology mais d’autres sont mentionnés dans une demande de brevet.

Dans l’étude sur la souris, ils ont été combinés parfois avec un produit expérimental, qui a été mentionné dans l’annonce de l’INSERM (modulateur allostérique positif du récepteur mGlu4).

Un traitement du 19e siècle, abandonné car trop toxique

Des ions bromures tels que le bromure de potassium et le bromure de sodium ont été très largement prescrit pour l’épilepsie du 19e siècle jusqu’au début du 20e siècle. Ils ont été abandonnés lorsqu’un autre médicament moins toxique fut enfin découvert. Ils ont aussi très souvent été employés comme sédatif à la même époque.

« Le bromisme est le syndrome qui résulte de la consommation à long terme de brome, généralement par le biais de sédatifs à base de brome tels que le bromure de potassium et le bromure de lithium. Le bromisme était autrefois un trouble très courant […] mais il est aujourd’hui peu fréquent depuis que le bromure a été retiré de l’usage clinique dans de nombreux pays et sévèrement limité dans d’autres. » Source : Wikipedia anglophone, ainsi que dans d’autres langues

En ce qui concerne le bromure de potassium, il n’est autorisé que pour l’usage vétérinaire dans un certain nombre de pays. Dans d’autres, pour certaines épilepsies sévères, résistantes aux traitements conventionnels chez l’homme. Il a été interdit aux USA notamment. Source : drugs.com

Effets délétères

La toxicité du brome et des ions bromure est connue de longue date. Les symptômes en cas d’intoxication sont les suivants (source : sfmu.org) :

  • Psychiques : excitation, agitation, anxiété, insomnie, ralentissement psychique
  • Psychiatriques : confusion mentale, démence de type frontal réversible à l’arrêt de l’intoxication
  • Neurologiques
    • Vertige, ébriété, troubles de la conscience (somnolence, coma…)
    • Syndrome cérébelleux : dysarthrie, troubles de l’équilibre
    • Syndrome pyramidal : hypertonie, réflexes ostéotendineux vifs…
  • Cutanés : éruptions érythémateuses, végétantes ou nécrotiques
  • Gastro-intestinaux : nausées, vomissements, constipation

Avec le bromure de sodium, une ingestion chronique peut causer une défaillance du système nerveux central (cf une fiche de données de sécurité). On peut trouver une longue liste de réactions graves en cas d‘intoxication sur Sciencelab.

Un empoisonnement à très large échelle a eu lieu en Angola en 2007, avec 467 cas : du sel de table a été contaminé par du bromure de sodium. Parmi les symptômes répertoriés, on relève fatigue, vision floue, vertiges, faiblesse, difficultés d’élocution et trouble de la marche. (Source : OMS).

L’exposition prénatale est également un sujet de préoccupation.

La dose de tous les dangers

Selon les auteurs de notre étude française, avec le bromure de potassium, on passe vite d’une dose thérapeutique à une dose toxique et le risque est la toxicité cardiaque.

La demie-vie (=temps après lequel il a perdu la moitié de son activité) peut être particulièrement longue, par exemple 12 jours. Un journal médical iranien mentionne un délai de 40-50 jours pour avoir un taux constant dans le sang pour le bromure de potassium, ce qui rend l’ajustement de la dose difficile pour les ions chlorure.

ions bromure autisme

Quelques chiffres

Dans l’étude de l’équipe de chercheurs de l’Inserm, du CNRS, de Inrae et de l’université de Tours qui vient d’être publiée, trois modèles de souris ont été employés. J’ai tenté de savoir quelle proportion de personnes autistes étaient concernée par ces trois mutations génétiques.

Les chercheurs mentionnent une forte prévalence de l’épilepsie dans l’autisme. Selon une méta-analyse récente, elle ne serait cependant que de 10%.

Une conception erronnée de l’autisme

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En tentant d’en savoir plus sur le 3e modèle de souris employé en rapport avec l’autisme, j’ai été intriguée par le faible nombre de résultats sur le moteur de recherche, y compris avec des synonymes. J’ai découvert alors que la validité d’un des trois modèles de souris utilisé par l’équipe de chercheurs français a été contestée pour les applications à l’autisme. Plus d’informations sur le site de la base de données génétique qui est une référence dans ce domaine, Omim.org. Il s’agit de souris OPRM1 dépourvues  du gène du récepteur opioïdes mμ  ce qui a des répercussions sur l’addiction aux substances, l’effet de la morphine etc, la sensibilité à la douleur,  le circuit de récompense, la motivation. Ce modèle avait été proposé en 2004 par Anna Moles, Brigitte Kieffer (Inserm) et al.

La raison de cette contestation est qu’il implique de considérer l’autisme comme un trouble de l’attachement ce qui est contraire au consensus actuel. Dans l’expérimentation, les souriceaux manipulée génétiquement émettaient moins de vocalisations ultrasoniques lorsqu’ils étaient retirés de leur mère… mais pas lorsqu’ils étaient en contact avec les souris mâle. Quelques réactions suite à la publication de 2004 : « Toutes les données expérimentales démontrent sans ambiguïté que les enfants autistes sont autant attachés à leur mère que les autres. » – Gernsbacher, Revue Science.  « Les types d’attachement des humains ne sont pas observés dans les familles de souris, qui sont comme des communes. On peut considérer l’attachement [humain] comme de l’amour. Il est sélectif et durable. Les souris n’ont pas d’attachement sélectif. » (Beckman, Revue Science)

autisme

Business : une entreprise qui voulait recycler de vieux médicaments

En 2016, le Quotidien du médecin titrait : Terali veut donner une deuxième vie aux vieux médicaments. Thierry Plouvier, qui est le président de la société pharmaceutique Terali, a déposé une demande de brevets avec des membres de l’équipe de chercheurs pour ce projet. Terali commercialisait un médicament contenant du bromure de potassium et de sodium, le Sédatif Tiber, qui était disponible sans ordonnance, que j’ai vu bizarrement cité dans des dossiers de « phytothérapie » sur divers sites en ligne. Thierry Plouvier est co-auteur d‘une publication sur les ions bromure et l’autisme avec plusieurs membres de l’équipe.

Terali Innov spécialisée dans le secteur d’activité de la recherche-développement en biotechnologie, est fermée depuis décembre 2021. Terali Products, l’entreprise de fabrication de préparations pharmaceutiques est quant à elle fermée depuis février 2021. Le site Web de Terali est cependant encore en ligne, proposant compléments alimentaires, etc.

Humains cobayes

De nombreux autistes ont déjà élevé leur voix au niveau international pour que la recherche ne se focalise pas sur la guérison de l’autisme, des traitements improbables et maltraitants, mais sur des aménagements pour améliorer leur qualité de vie et leur intégration. Il est essentiel aussi que des chercheurs et consultants autistes soient impliqués dans des projets qui prennent en compte la diversité du spectre autistique.

Quelques liens pour approfondir le sujet

Ajout le 26/07/22 :

Un article de Spectrum News sur les fréquents désaccords en ce qui concerne les gènes liés à l’autisme : How an expert panel evaluates genes for autism genetic tests.